GUIDE DU SERVICE INFIRMIER

 

- l'évolution des orientations en santé mentale et la fonction infirmière -

 

Chapitre 1

Chapitre 2

Chapitre 3

Chapitre 4

Chapitre 5

Références législatives et réglementaires en santé mentale

La population et la santé mentale

La fonction infirmière en santé mentale

Les différentes structures de soins et la pratique infirmière

Adéquation entre besoins en santé mentale et service infirmier

 

Introduction

Adaptation des personnels à l'évolution et à la transformation du dispositif psychiatrique

Le service infirmier et l'évaluation

L'évaluation des personnels

Les formations: facteurs d'évolution des pratiques

L'évaluation de l'activité et des soins

 


 

 

L'ADÉQUATION ENTRE LES BESOINS EN SANTÉ MENTALE ET LE SERVICE INFIRMIER

 

 


ADAPTATION DES PERSONNELS
À L'ÉVOLUTION ET À LA TRANSFORMATION DU DISPOSITIF PSYCHIATRIQUE


La dynamique nouvelle insufflée par la circulaire du 14 mars 1990 conduit à une multiplication et à une diversification des lieux d'accueil et de soins. La psychiatrie est l'une des premières parmi les disciplines médicales à avoir mis en œuvre une politique de prévention, de diagnostic et de soins originale où l'hospitalisation à temps complet est un mode de prise en charge parmi d'autres dans le parcours thérapeutique du patient.

Dans ce contexte le travail "intra" et "extra" hospitalier ont la même valeur. Les soignants en général et le service infirmier en particulier doivent prendre en compte ces deux orientations. Cela suppose la remise en cause de certaines habitudes de fonctionnement, souvent facteurs d'immobilisme.

 

 

Un projet soignant, des soins personnalisés

 

Les principes fondamentaux qui sous-tendent l'action du service infirmier ont été rappelés dans ce guide. La promotion de soins infirmiers centrés sur la personne afin de l'aider à être plus responsable de sa santé est basée sur la mise en place d'un projet thérapeutique individualisé et évolutif.

Ces principes visent à une prestation de soins de qualité, à une réponse cohérente et en adéquation aux besoins de santé exprimés par le patient et son entourage. Il s'agit aussi de permettre aux soignants de développer leurs potentialités personnelles et professionnelles.

La priorité est donc de donner un sens au travail de chacun et de tous en s'appuyant sur:

 

La place du service infirmier

 

C'est une "nouvelle professionnalité" qu'il s'agit de définir et de mettre en œuvre. Elle s'éloigne du gardiennage asilaire et de l'hospitalo-centrisme et progresse vers une réelle pratique soignante dans un cadre rénové.

Le service infirmier participe à ce changement non-seulement parce qu'il est le groupe le plus nombreux et le plus permanent, mais aussi du fait de sa qualification et du rôle propre qui lui est reconnu.

L'équipe de secteur est pluridisciplinaire. La définition des compétences et des rôles est donc nécessaire dans le respect de l'identité professionnelle de chacun. A ce propos, René Magnon remarque qu'il est paradoxal de constater dans le système actuel que ceux qui sont les plus nombreux et les plus permanents autour de la personne soignée, sont ceux qui possèdent le moins d'autonomie, de marge de confiance et de responsabilité, d'initiative et de satisfaction au travail ("Le service infirmier ces 30 dernières années", Le Centurion, 1982 p.139).

Une véritable équipe se constitue autour d'une mission et d'objectifs communs, l'action de chacun étant inter-dépendante de toutes les autres prestations de santé.

Certaines exigences doivent être régulièrement formulées:

 

La transformation du dispositif psychiatrique

 

Il ne peut être question d'un modèle standard, reproductible dans chaque secteur mais plutôt d'un dispositif souple, qui laisse place à l'innovation et à l'évolutivité et qui tienne compte:

Au delà des transformations structurelles et du décentrage d'une grande partie du plateau technique psychiatrique hors les murs hospitaliers, tout dépendra de ce qui se fera ou ne se fera pas sur le terrain. Il s'agit de raisonner plus en termes de pratique d'équipe qu'en termes d'équipements et de veiller à ce que les phénomènes négatifs observés en milieu hospitalier, ne se reproduisent.

L'éclatement institutionnel impose au service infirmier une meilleure maîtrise des concepts, de la continuité thérapeutique, de l'articulation des différentes phases de soins et d'ouverture sur la réalité sociale. Chacun devra s'adapter à un fonctionnement différent, au travail en petits groupes séparés mais unis et consolidés par un projet et une éthique commune. A l'intérieur de chaque secteur les structures et les personnels sont appelés à évoluer de pair, stimulant chez chacun une capacité créatrice renouvelée et garantissant au patient la complémentarité et la coordination des prestations et des prises en charge.

L'organisation sectorielle est centrée sur le centre médico psychologique (CMP). Véritable plaque tournante du dispositif, cette structure nécessite une affectation de personnel infirmier en nombre suffisant pour assurer une disponibilité sur toute la journée et particulièrement en dehors des heures de travail ou d'obligations scolaires des usagers.

Les activités principales des infirmiers à partir du centre médico psychologique sont:

D'autres actions se développent depuis quelques années dans les centres d'accueil thérapeutique à temps partiel (CATTP), à vocation sectorielle ou inter-sectorielle. Affectés à temps complet en extra-hospitalier ou détachés ponctuellement des unités d'hospitalisation, les infirmiers animent les activités de groupe qui s'adressent à des patients encore insérés dans leur milieu social ou à des personnes hospitalisées.

Afin d'assurer efficacement ce travail en soins ambulatoires qui relèvent pour une grande part de son rôle propre, l'infirmier doit posséder entre autres les bases essentielles suivantes:

L'évolution du dispositif de soins entraîne un certain nombre de transformations structurelles et fonctionnelles.

"Les centres hospitaliers spécialisés sont un réservoir d'expérience et de savoir faire... il s'agit en toute priorité de les amener à se libérer des entraves d'une trop lourde infrastructure hospitalière héritée du passé, par un développement optimal des structures et actions de secteur psychiatrique" (circulaire 14/03/90 relative aux orientations de la politique de santé mentale op.cit.).

Il s'agit d'évoluer vers la mise en place de petites unités au plus près du lieu de vie du patient, situées au centre hospitalier spécialisé ou en un quelconque lieu du secteur, éventuellement au sein d'un centre hospitalier général. Leur vocation thérapeutique doit se traduire par un recentrage sur les soins intensifs: dans la phase aiguë de la maladie, dans la réponse aux situations d'urgence et pour les patients hospitalisés sous contrainte. Il en est de même pour les prises en charge différenciées qui nécessitent des protocoles thérapeutiques spécifiques en fonction de l'âge du patient, de sa pathologie, des objectifs de réadaptation ou de la déchronicisation.

Les notions de projet thérapeutique individualisé et de projet à l'échelle de l'unité de soins qui ont été développés précédemment sont essentielles. La diminution de l'activité en hospitalisation à temps complet ne doit pas se traduire pour les patients par un regroupement massif, à nouveau ségrégatif, qui mettrait en cause la dimension humaine de ces lieux de soins. Les unités doivent être de taille modérée, les locaux rénovés et humanisés permettant une vie institutionnelle appropriée.

 

 

Une autre gestion des ressources humaines

 

Le service infirmier doit s'adapter afin de répondre aux objectifs et orientations, et accompagner l'évolution du dispositif. Le mouvement de diminution des capacités d'hospitalisation complète et le transfert de moyens par la création d'équipements et de services de lutte contre les maladies mentales comportant ou non hébergement, sont interdépendants. S'il est logique que cela se traduise par des redéploiements internes de personnels, les dotations en infirmiers des services hospitaliers ne doivent en aucun cas être négligées. Ces unités doivent comporter un personnel en nombre et en qualité suffisants pour assurer des soins actifs, une surveillance et la mission de service public, 24 heures sur 24.

La redistribution de moyens en effectifs infirmiers entre les différents secteurs d'un même établissement doit résulter essentiellement:

La répartition des personnels infirmiers et l'organisation du travail à l'intérieur de chaque secteur et entre les différentes structures et activités sont de la compétence des cadres infirmiers, en collaboration avec le médecin-chef de secteur et l'infirmier général. La diversification et la dispersion des lieux thérapeutiques obligent à assurer une coordination permanente pour éviter les cloisonnements.

Les rotations de personnel doivent être programmées régulièrement. Le besoin pour chacun, infirmier et cadre infirmier, de bénéficier d'expériences diversifiées doit être utilisé pour diminuer les risques d'immobilisme institutionnel.

Les tâches ménagères et hôtelières posent problème en psychiatrie. Si les situations sont multiples au niveau des intervenants, un grand nombre de services ont en commun l'indispensable amélioration de la propreté, de l'hygiène et de l'hôtellerie. Une partie de ces tâches est encore assurée par des infirmiers. Le plus souvent, ce sont des personnels agents des services intérieurs (A.S.I.), agents des services hospitaliers (A.S.H.), ouvriers professionnels ou des employés d'entreprises privées de nettoyage qui effectuent ces tâches.

L'affectation dans les unités de soins d'un personnel stable, formé et qualifié, intégré au service infirmier, est une nécessité.

Sur la base de la "nomenclature des emplois types de l'hôpital" récemment publiée à l'initiative du Ministère de la solidarité de la santé et de la protection sociale, Direction des hôpitaux, les établissements, après analyse des besoins et des ressources, devraient redéfinir et mieux organiser les tâches d'hôtellerie et d'entretien des locaux de soins, en interaction avec les soins infirmiers.

L'adaptation des ressources humaines à l'évolution du dispositif de soins et notamment le redéploiement de moyens en personnel des services généraux vers les services soignants se traduirait ainsi par une amélioration des prestations hôtelières dans l'optique d'une meilleure qualité de soins à fournir aux patients.

C'est à F. Jeanson qu'il revient de conclure: "nous ne sommes évidemment pas responsables de la psychiatrie d'hier: mais nous le sommes déjà quelque peu de son degré de persistance dans le présent et nous le serons davantage demain de ce qu'elle aura pu devenir" ("La psychiatrie au tournant", éditions du Seuil, 1987 p.210).

 

 

 

 

- http://psychiatriinfirmiere.free.fr/ -  "Guide du service infirmier de 1991" - Ministère des affaires sociales et de la solidarité - Direction des hôpitaux -

 

 


 

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