conduite sexuelle        - formation pour Infirmier de Secteur Psychiatrique - cours de Mr Giffard -

 FORMATION DE BASE POUR SOIGNANT

 

CONDUITES SEXUELLES

 

 

Définition des conduites sexuelles

 

- Biologique : ensemble des phénomènes et comportements mécaniques, hormonaux et métaboliques liés à la reproduction de l'espèce.

- Psychologique : manière d'être du sujet vis à vis de son propre sexe et du sexe opposé.

 

On qualifie de "sexuelle" toute recherche de plaisir, liée ou non aux besoins fondamentaux.

On appelle génitale la recherche du plaisir liée aux seuls besoins fondamentaux.

La génitalité, c'est ce qui concerne le plaisir de l'appareil génital, c'est à dire la sexualité adulte. Pour l'atteindre, il faut que l'enfant ait acquis une relation d'Objet -donc non fusionnelle-, et qu'il ait dépassé à la fois œdipe et angoisse de castration. Durant la petite enfance, les pulsions pré-génitales (ou partielles), à savoir orales, anales et phalliques, seront successivement la source de plaisir. Elles seront ensuite intégrées sous forme de plaisir préliminaire à la génitalité.

 

Excitation et inhibition

 

L'excitation part du désir : elle est transmise par une sensation corporelle correspondant à l'éveil de la zone érogène. Chez l'enfant, c'est l'inverse qui se passe puisqu'il y a d'abord éveil de la zone érogène, entraînant le désir. Il y a toujours une tension entre l'éveil de la zone érogène et la satisfaction: c'est au moment de cette tension qu'a lieu l'inhibition, censure intérieure. La force de l'inhibition est proportionnelle à la force du désir. L'être humain connaît sa plus forte inhibition durant le désir d'inceste. Quand l'enfant a intégré le tabou de l'inceste, le Surmoi fera fonction de système inhibiteur.

 

Séduction / Défense du Moi : c'est la seule conduite psychologique où les individus outrepassent les frontières d'un territoire: la phase préparatoire, ou processus de cour. Durant ce processus, il va y avoir tentative de vaincre les résistances du partenaire désiré, en même temps que de lever ses propres défenses. Chaque fois qu'il y a tentative de séduction, l'équilibre du Moi est menacé. Une fois le couple constitué, cette menace d'intrusion continue à exister. Les formes d'inhibition peuvent être culturelles.

 

Signaux sexuels de renforcement : spécificité du regard, sourire, bijoux, vêtements, démarche, parfums, langage, humour (levant les barrières), cadeaux (en tant que dettes)... Est important tout ce qui peut maintenir le contact.

 

Signaux sexuels inhibiteurs : ignorance, moquerie, "Non", agressivité, évitement, excuses... En fait tout ce qui rompt le contact.

 

Troubles des conduites sexuelles

 

Mésententes sexuelles

 

Masters et Johnson : ce sont deux sexologues américains qui travaillent en couple thérapeutique, sur des théories comportementalistes. Ils repèrent d'abord le symptôme car pour eux c'est un signal d'inadaptation. La thérapie est dans l'apprentissage d'un comportement plus satisfaisant. Les raisons ou causes du symptôme ne sont pas intéressantes en soi. Pour Masters et Johnson, il n'existe pas de problème sexuel dans un couple qui ne concerne pas chacun des partenaires. Ils placent le couple dans une situation d'échange. Forts de cette pensée, ils fonctionnent eux-mêmes en couple. La thérapie se fait donc avec 4 personnes. Le premier entretien, préliminaire, est très important: ils replacent la sexualité dans son contexte physiologique. Ils évitent de représenter l'acte sexuel comme un but à atteindre, car cela confronterait le patient à trop d'angoisse. Puis ils restituent à la sexualité le ressenti sensoriel. L'anamnèse (histoire de la maladie) est demandée dès ce premier entretien. Ils se renseignent aussi sur le niveau d'éducation du patient, ses convictions religieuses et morales, ses premiers jeux et expériences sexuelles. Ils demandent alors: "est-ce ainsi que vous imaginiez les choses?". Ils se sont aperçus que parmi toutes les fonctions vitales, la fonction sexuelle est la plus inhibée et la plus transgressée.

Notons qu'une personne dépressive peut reporter sur la sexualité ses divers problèmes: le soin portera alors sur la dépression.

 

Motifs de consultation chez l'homme

Motifs de consultation chez la femme

 

Perversions sexuelles

 

Définition : la perversion sexuelle fut d'abord un pêché religieux. Puis la loi l'a punie et la sanctionne encore. Actuellement, la psychanalyse en a fait une maladie. "L'enfant est un pervers polymorphe" S. Freud. C'est à dire que l'enfant explore ces formes partielles de sexualité auxquelles se fixe l'adulte pervers. La perversion est une conduite pathologique qui dévie la pulsion sexuelle soit de son Objet naturel, soit de son but naturel. Il y a perversion quand il y a orientation permanente et exclusive.

 

Différence entre perversion et perversité

- Perversion: se dit d'une aberration sexuelle permanente.

- Perversité: conduite occasionnelle et épisodique chez des sujets dits normaux (dans la norme).

On parle aussi de perversion sociale dans les cas de délinquance, d'agression de groupe, de proxénétisme, de boulimie... N'est pathologique que la conduite devenue inévitable pour l'individu.

 

Mécanismes psychiques : tout commence au moment de la découverte des sexes. Chez des personnes, cette découverte est interprétée comme une castration de la mère qui renvoie à une angoisse fixée, insurmontable. Face à cette angoisse, le pervers élabore un déni de la différence des sexes, et ne renonce à aucun prix à la puissance imaginaire du phallus. Mais ce déni n'est pas total: une partie de son Moi nie la différence des sexes tandis que l'autre la reconnaît et élabore des conduites appropriées pour lutter contre la castration. C'est ce qu'on appelle le clivage du Moi (savoir et croyance cohabitent). Pour lui, il y a ceux qui ont quelque chose et ceux qui ne l'ont pas. S'exhiber par exemple, est un triomphe sur la castration. Structurellement, il y a autant de pervers hommes que de pervers femmes, mais dans les faits, on retrouvera moins de femmes car celles-ci ont une défense naturelle: l'enfant.

Résumé : il y a 3 mécanismes importants, l'angoisse de castration, le déni de la différence des sexes et le clivage du Moi.

 

L'angoisse de castration va entraîner une régression vers des fixations antérieures, et une libération des pulsions partielles. Là où d'autres surmontent l'Oedipe, le futur pervers ne peut le passer et recule à un stade antérieur plus revalorisant. Cela peut être dû à un père trop castrateur. Il y a investissement des Objets partiels (boudin fécal, pénis...) et affectivité relative à cette époque (auto-érotisme, ambivalence, agressivité...).

Facteurs de cette fixation : ils peuvent d'abord être constitutionnels. Il peut aussi y avoir une expérience infantile de séduction active correspondant aux fantasmes de séduction, scène primitive... Il peut enfin s'être passé une identification floue, peu définie et non Oedipienne. Le pervers aura souvent une identification à la mère phallique.

Économie : dans les perversions, les pulsions partielles se satisfont directement dans la réalité, alors qu'à contrario, la névrose mettra en place des mécanismes de défense contre ces mêmes pulsions partielles.

 

Le Surmoi du pervers est resté au stade pré-Oedipien, c'est à dire qu'il retient le sujet au niveau des interdits du stade anal ou à ceux du stade oral mais n'a pas de loi de type social. Car les lois sociales naissent de la confrontation Oedipienne.

Le Surmoi du névrosé est par-contre plus tyrannique, plus culpabilisant. Le névrosé fantasme là où le pervers agit.

 

Classification

 

 On distingue deux catégories de perversions:

  1. Quant au choix du partenaire (pédophilie, autoérotisme, zoophilie, nécrophilie, gérontophilie...);

  2. Quant au but (exhibitionnisme, sadisme, voyeurisme, masochisme, fétichisme, viol, froturisme...);

En exemple : cas du fétichisme. Dans toute relation amoureuse, il y a une part de fétichisme. La perversion se caractérise par le fait que le fétiche est la condition absolue du plaisir et souvent lui suffit. Il n'y a pas d'intérêt pour la relation amoureuse. Ce peut être une partie du corps (cheveux, pied, poils...) ou un objet inanimé qui touche le corps (sous vêtement, ceinture, gant, traces de rouge à lèvre), objets qui peuvent cacher le pénis ou son substitut, ou encore un caractère spécifique exigé chez la personne.

Le fétiche a la valeur de substitut imaginaire du pénis de la mère. Il a pour fonction de cacher et d'annuler le manque de la femme. Il a aussi pour fonction de se protéger contre la mesure de castration. En effet, ce fétiche n'est pas reconnu par les autres, et ne pourra donc lui être volé. Le fétiche est souvent conquis agressivement, car la notion de danger est en soi importante. Le fait de voler revient à faire subir la castration aux autres. L'odeur est importante dans la mesure où elle servait à maintenir la relation mère/enfant. Les objets fétiches représentent autant de parties de la mère. Le fétichisme résulte d'une identification à la mère phallique. Aussi la séparation d'avec la mère est plus redoutée que la castration du père.

Chez la femme, il y a peu de conduites fétichistes. Elles peuvent néanmoins quelquefois se traduire dans le port de bijoux, de vêtements: c'est une conduite qui se rapproche du fétichisme ("quand je sors sans mes bijoux, je me sens toute nue"). Le cas se trouve aussi chez les mères de psychotiques pour qui l'enfant est un fétiche manipulable.

Le fétiche peut n'être qu'un support de la génitalité, il peut supplanter le partenaire ou même le remplacer totalement. Le fétichisme est une conduite défensive contre une homosexualité non-assumée.

 

 

Lorsque le Moi s'efforce d'échapper à la réalité  (Sigmund FREUD)

 

-" Gardons-nous de penser que le fétichisme constitue un cas exceptionnel de clivage du Moi, non, mais il nous offre une excellente occasion d'étudier ce phénomène. Revenons au fait que le Moi infantile, sous l'emprise du monde réel, se débarrasse par le procédé du refoulement des exigences pulsionnelles réprouvées. Ajoutons maintenant que le Moi, durant la même période de vie, se voit souvent obligé de lutter contre certaines prétentions du monde extérieur ressenties comme pénibles et se sert, en pareille occasion, du procédé du déni pour supprimer les perceptions qui lui révèlent ces exigences. De semblables dénis se produisent fréquemment, et pas uniquement chez les fétichistes. Partout où nous sommes en mesure de les étudier, ils apparaissent comme des demi mesures, comme des tentatives imparfaites pour détacher le Moi de la réalité. Le rejet est toujours doublé d'une acceptation; deux attitudes opposées, indépendantes l'une de l'autre, s'instaurent, ce qui aboutit à un clivage du Moi. Ici encore l'issue doit dépendre de celle des deux qui disposera de la plus grande intensité.

Le clivage du Moi, tel que nous venons de le décrire, n'est ni aussi nouveau, ni aussi étrange qu'il pourrait d'abord paraître. Le fait qu'une personne puisse adopter, par rapport à un comportement donné, deux attitudes psychiques différentes, opposées, et indépendantes l'une de l'autre, est justement un caractère général des névroses, mais il convient de dire qu'en pareil cas l'une des attitudes est le fait du Moi tandis que l'attitude opposée, celle qui est refoulée, émane du ça. La différence entre les deux cas est essentiellement d'ordre topique ou structural et il n'est pas toujours facile de décider à laquelle des deux éventualités on a affaire dans chaque cas particulier. Toutefois, elles ont un caractère commun important: en effet, que le Moi, pour se défendre d'un danger, dénie une partie du monde extérieur ou qu'il veuille repousser une exigence pulsionnelle de l'intérieur, sa réussite, en dépit de tous ses efforts défensifs, n'est jamais totale, absolue. Deux attitudes contradictoires se manifestent toujours, et toutes deux, aussi bien la plus faible, celle qui a subi l'échec, que l'autre aboutissent à des conséquences psychiques. Ajoutons encore que nos perceptions conscientes ne nous permettent de connaître qu'une bien faible partie de tous ces processus."-

 

 

Ce qu'il faut retenir

 

 

 

Liens utiles:

 PSYCHIATRIE INFIRMIÈRE : COURS DE PSYCHOLOGIE

Intervention orale de Mme Huguet, avril 1985.

Écrit, mis à jour par Mr Dominique Giffard

pour le site "Psychiatrie Infirmière" : 

http://psychiatriinfirmiere.free.fr/,

références et contact e-mail.

 

bibliographie

 

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